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Français
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Published:
2023-06-06
Completed:
2023-06-20
Words:
11,769
Chapters:
2/2
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156

NUITS BLANCHES

Summary:

Les quelques jours précédant les barricades de juin 1832...ou comment Javert et Valjean ont vécu la folie des hommes...

Notes:

Chapter 1: PARTIE UN

Summary:

Entre les notes de service de l'inspecteur Javert et le carnet de Jean Valjean, les destins se nouent.

Chapter Text

NOTE DE SERVICE : 25 mai

Mission de monsieur le préfet de police attribuée à l’inspecteur de Première Classe Javert : reconnaître les différents groupuscules républicains, identifier les principaux membres, informer la préfecture des moindres faits et gestes suspects de la part des dits-membres, participer aux réunions illicites des dits-groupuscules.

 

25 mai : acceptation de la mission avec empressement et fierté.

Force doit rester à l’Autorité !

Il y a plusieurs groupuscules déjà connus des Forces de l’Ordre, dont l’Association des Patriotes et la Société des Amis du Peuple.

 

IMPORTANT : Surveiller les étudiants de la Sorbonne, notamment le Droit !

 

INSPECTEUR JAVERT

 

*********************************************

Journal de **** *******

Ce que j’ai fait le 25 mai. 

Poste de la garde nationale, mairie du XVe arrondissement

 

L'on peut marcher quinze pas de part et d'autre de la guérite. Ce n'est pas grave, ils suffiront à me réchauffer. De toute façon, la nuit n'est pas froide. Et la faction devant le poste de garde me conviendra mieux que d'écouter les histoires sans queue ni tête du sergent-major. C'est vrai qu'elles font passer le temps. Mais quand on est aussi vieux que moi, la dernière chose que l'on souhaite, c'est de voir le temps passer trop vite.

J'en suis venu à penser que le sommeil est une perte de temps tant je suis avare des heures de ma journée. Elles ne seront jamais assez nombreuses à partager avec ma chère Cosette, et en cela je dois me surveiller. Ce n'est pas la faute de la pauvre enfant si la cervelle de ce vieillard se ramollit en même temps que son cœur. Quoique, sous ce dernier rapport, elle soit et ait toujours été pour quelque chose.

 

Il est presque minuit et la cantinière vient d'entrer dans le poste   pour faire son commerce. Tout le corps de garde, frétillant, s'est levé et court vers elle à grand renfort de plaisanteries. Je lui commande un verre de parfait amour pour ne pas être moins que les autres. Déjà que je me fais assez remarquer assis ici dans mon coin, seul et sans même allumer de bouffarde... Mais je ne suis pas le seul sur les lieux à rester à l'écart  : le jeune pharmacien à lunettes du quartier lit son gros bouquin, et le caporal, épicier dans le civil, écrit aussi. Les blagues se veulent que ce soient des lettres d'amour à sa jeune épouse, car il ne supporte pas d'en être séparé. Ça n'irait pas plus loin si l'homme n'avait pas dépassé la cinquantaine. Cela est, semble-t-il, grotesque. Mais qu'est-ce que j'y connais, moi ? Absolument rien.

 

Les camarades commencent à se coucher, et cependant il reste encore quelques minutes avant que ma faction ne commence. Le lit de camp ne me manquera pas, ni la promiscuité dans un lieu si sombre et si étroit. Encore moins la puanteur du tabac. Il est vrai que j'ai connu des odeurs pires et que j'ai dormi dans des lits de camp plus fréquentés. Beaucoup pire fréquentés.  Il y a longtemps de ça et, même si le souvenir ne s'éloigne jamais trop, je ne devrais pas écrire ces choses sur ce calepin. C'est imprudent.

Mais comment ne pas faire le rapprochement entre ce que je vois et ce que j'ai vu, et comment être assez prudent ? Surtout quand tant de signes peuvent me trahir. Par exemple, à la parade de la Garde nationale ce matin. J'ai eu du mal à me rappeler de lever ma patte folle à chaque pas.

Mais il suffit ! Personne ne sait et personne ne saura si je reste prudent.

 

Ce qui me fait penser... Ce ne serait peut-être pas une si mauvaise idée de me porter volontaire pour la prochaine patrouille. Cela me ferait sortir du poste de garde pendant quelques heures de plus. Peut-être le temps de voir le lever du soleil.

Pourtant, la dernière patrouille ne s'est pas bien passée. Je me souviens encore avec effroi du moment où cet inspecteur de police est venu réquisitionner notre aide pour entrer chez un quidam qui voulait jeter sa femme par la fenêtre.

Certes, cela s'est bien terminé pour tout le monde, sauf pour le mari ivre et pour le caporal qui s'est pris un coup de couteau dans la capote.

Mais je vois encore ce policier et j'essaie toujours de me convaincre que ce n'était pas Javert.

Sa tête, par contre... C'est vrai qu'il se cachait, le menton dans son col, les yeux sous l'aile de son chapeau. Et je crois aussi que la voix de cet inspecteur-là m'a semblé criarde. 

Mais ses traits étaient ceux de Javert, j'en suis presque convaincu.

Pourtant, ce ne pouvait pas être lui. Non, ce n'est pas possible. Javert ne m'aurait pas raté. Me laisser partir ? Javert se serait jeté sur moi, il aurait arraché mon uniforme, il m’aurait attaché les poignets. Il m'aurait poussé devant lui et ordonné de marcher. Il aurait… Mon Dieu… Il m’aurait achevé ou alors il…

 

Il est grand temps d'arrêter. Ma faction commence. J'ai deux heures de calme devant moi avant l'arrivée de la prochaine patrouille.

 

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NOTE DE SERVICE : 29 mai

A propos de la mission de surveillance attribuée à l’inspecteur de Première Classe Javert

L’inspecteur Javert a passé les cinq jours derniers à parcourir la capitale. Sous une fausse identité et sous uniforme.

L’Association des Patriotes et la Société des Amis du Peuple ont organisé des réunions le 27, le 28 et le 29 mai.

J’ai noté la présence de nombreux étudiants et suivi plusieurs d’entre eux.

Le meneur est un jeune homme intransigeant et dangereux : Enjolras. 

D’autres noms reviennent : Joly, Courfeyrac, Grantaire ?, le reste est à l’étude. 

Semblent tous se connaître et se côtoyer personnellement.

 

IMPORTANT : Trouver le lieu de ralliement de ces fanatisés !

 

INSPECTEUR JAVERT

 

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NOTE DE SERVICE N°17832 concernant l’affaire 24601

29 mai 1832.

Rencontré un suspect rue de Babylone. 

Je l’ai amené au poste et interrogé longuement. 

Portefaix et ancien manieur de fonte à la Foire de la Part-Dieu : à vérifier !

L’homme avait cinquante ans et se disait originaire du Nord, Lille : à vérifier !

Reste suspect mais n’est pas matricule 24601.

Je l’ai fait mettre torse nu et j’ai examiné son torse : aucune marque au fer ni aucune cicatrice de flagellation.

DOSSIER EN COURS

 

INSPECTEUR JAVERT



L’inspecteur Javert, l’inspecteur Javert, l’inspecteur Javert…

Je me frotte les yeux. J’ai passé l’âge de toute cette paperasse. Cinq jours à me promener dans la capitale et à jouer les mouchards. Je suis fatigué.

    M. Gisquet m’a fait l’immense honneur de me faire confiance en me confiant cette mission. J’y vois la marque d’une grande estime et je me promets de réussir.

Il me faut juste du temps pour me reposer et réfléchir. 

 

IMPORTANT : Trouver le lieu de ralliement de ces fanatisés , ai-je écrit. 

Je le ferai, je suis bon à ce jeu.

Quant à 24601, il ne perd rien à attendre. Je suis patient, à l’instar de la justice, et j’arrive toujours à mes fins.

FORCE DOIT RESTER À L'AUTORITÉ !

 

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Journal de **** *******

Ce que j’ai fait le 30 mai

 

Je ne sais pas ce qui m'a pris d'aller me promener dans le quartier. Je suppose qu'il m'est difficile de rester confiné dans les limites du jardin. Sans parler de la petite cabane que j'occupe. Je devais me changer les idées.

J'aurais dû réaliser que, dans l'état actuel des choses, c'était une mauvaise idée.

J'ai l'habitude des promenades dans le coin, là où la ville est encore la campagne par moments. Les cultures des maraîchers, les troupeaux de chèvres qui occupent parfois les rues et les vaches qui paissent au loin me ramènent à des temps non pas meilleurs, mais différents. J'aurais aimé avoir Cosette avec moi alors.

Dans l'état actuel des choses, je n'ose même pas l'emmener en promenade au Luxembourg. Et ce n'est pas seulement à cause du jeune foutriquet qui lui tourne autour comme une espèce d'âme en peine. Pas cette fois.

Il y a aussi toute cette histoire de choléra.

Il y a ces processions de chariots chargés de mourants qui traversent les rues pour se rendre à l'Hôtel-Dieu ! Cosette ne se remettrait jamais d'une telle vision. Non, il vaut mieux la protéger.

D'ailleurs, comment exposer ma petite à l'infection quand les journaux disent que les miasmes voyagent dans l'air ?

Parfois, j'aimerais la garder enfermée dans son petit pavillon, comme on enferme les orchidées dans la serre pour qu'elles puissent s'épanouir.

Quant à moi, les risques auxquels je m'expose, comme ma propre vie, sont entre les mains de Dieu.

Et je ne peux qu'espérer que sa volonté soit faite, même s'il a fait preuve d'une indulgence imméritée à l'égard du pécheur que je suis.



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NOTE DE SERVICE : 30 mai

A propos de la mission de surveillance attribuée à l’inspecteur de Première Classe Javert

J’ai filé le subversif dénommé Grantaire et j’ai découvert le Café Corinthe. 

 

CAFE CORINTHE : 

Lieu de rassemblement des AMIS DE L’ABC : société secrète, entendu des discours subversifs, contraires à la loi. Ils prônent la rébellion contre l’Etat et la mise en place de la démocratie. 

Trouvé cinq membres, tous étudiant :

- Enjolras est le chef, étudiant à la Sorbonne. A surveiller ! DANGEREUX !

- Grantaire : saoul et sceptique, facile à manipuler.

- Bahorel : bavard, facile à interroger.

- Courfeyrac : joyeux. A éviter ! 

- Joly : médecin. Inutile de l’interroger, méfiant !

- Jehan : poète. Suffit de l’écouter.

 

J’ai passé la nuit à écouter leurs discours.

Bu trois bières et mangé une assiette de cochonnailles, bu un café non sucré. 

Frais de service : trois pièces de cuivre.

DOSSIER EN COURS

 

INSPECTEUR JAVERT

 

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NOTE DE SERVICE : 31 mai

Mission de surveillance : la maison du général Jean Maximilien LAMARQUE

Monsieur le préfet de police, M. Gisquet, a confié à l’inspecteur Javert la mission de surveiller les abords de la maison du général Jean Maximilien LAMARQUE.

Le général est très malade. Il est atteint du choléra.

Après un interrogatoire serré auprès de la servante, Mlle Léonie Pinson , il s’avère que le général devrait décéder dans les jours à venir. Ce n’est peut-être qu’une question d’heures.

En ai informé monsieur le préfet de police.

    M. Gisquet m’a formellement ordonné de ne pas importuner la maisonnée du général Lamarque.  M. Gisquet m’a rappelé que ma mission était une mission de surveillance.

Je surveille et je note les mouvements suspects autour de la maison du général.

FORCE DOIT RESTER À L'AUTORITÉ !

 

INSPECTEUR JAVERT

 

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NOTE DE SERVICE N°17833 concernant l’affaire 24601

31 mai 1832.

Nouveau suspect découvert rue des Francs-Bourgeois.  

Après vérification, il s’agissait d’un ouvrier métallurgiste, M. Pierre Gérard. L’homme a été conservé quatre heures au poste, puis libéré.

Témoignage de Mme Gérard, épouse du ci-nommé M. Gérard.

Témoignage de M. Delavigne, patron du ci-nommé M. Gérard.

DOSSIER EN COURS

 

INSPECTEUR JAVERT

 

La fatigue pèse sur mon intelligence, je pense.

Je ne dors pas assez et ne vis que de café. J’espère que les frais de service seront acceptés.

  1. Gérard ne pouvait pas être Jean Valjean. Il était trop petit et trop malingre.

Monsieur le commissaire, M. Malaizé, m’a fait remarquer que cela suffisait et que mes seules intuitions ne suffisaient pas à arrêter les gens dans la rue. 

Monsieur le commissaire a raison, j’en conviens.

La prochaine fois que je croise Jean Valjean, je lui casse la gueule.

PAROLE DE JAVERT !

 

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Journal de **** *******

Ce que j’ai fait le 31 mai

 

Je me demande pourquoi je garde cette mauvaise habitude d'écrire des choses sans importance sur ce petit calepin.

Je le faisais déjà en M-s-M, d'abord pour améliorer mon écriture et mon orthographe déplorables. Puis j'ai réalisé qu'écrire ces notes, c'était comme parler à quelqu'un. Peut-être à un ami.

Je ne regrette presque rien de ce que j'ai perdu lorsque j'ai dû quitter M-s-M. La bienveillance des concitoyens à mon égard, bien entendu. Et tous ces rêves où, par mon dévouement à la ville et a ses habitants, grâce à mes efforts, je parvenais à racheter mes fautes et à prouver à Monseigneur l'Evêque de XXX qu'il ne s'était pas trompé en plaçant sa miséricorde en moi.

J'obtenais le pardon.

Ce n'était là que des illusions ! Car rien ne peut effacer un passé comme le mien, je le sais à présent. C'est une triste réalité qui rend ma vie bien difficile depuis que nous avons quitté le couvent de XXXX.

À l'époque, il y a seulement deux ans, je pensais que ce que j'avais souffert dans ma vie suffirait à me procurer un peu de paix pour finir mes jours. Comme je me trompais !

Aujourd'hui, comme tant de fois auparavant, les cheveux se sont dressés sur ma tête lorsque j'ai aperçu un homme de haute stature qui marchait dans ma direction. 

Ce n'était pas lui, bien sûr. Mais je vais cesser séance tenante de me promener dans le quartier. Je vais me rendre du côté du Marais.

J'aurai ainsi l'occasion d'acheter de nouvelles partitions pour Cosette, qui se plaint de connaître par cœur celles qu'elle a déjà.  

Aussi... peut-être ferais-je bien de brûler ce calepin...

 

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NOTE DE SERVICE N°17834 concernant l’affaire 24601

1er juin 1832. 10 heures du matin.

Piste sérieuse : filé un suspect rue de Bretagne jusqu’au marché des Enfants-Rouges.

- L’homme était bancal et boitait de la jambe gauche.

- L’homme avait une carrure de portefaix et une mine patibulaire.

- Soixante ans et cheveux blancs.

Perdu sa trace dans le marché des Enfants-Rouges.

Je le retrouverai !

FORCE DOIT RESTER À L'AUTORITÉ !

DOSSIER EN COURS

 

INSPECTEUR JAVERT

 

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NOTE DE SERVICE N°17835 concernant l’affaire 24601

1er juin 1832. 7 heures du soir.

Piste du suspect marché des Enfants-Rouges.

- Interrogé plusieurs vendeurs ambulants et maraîchères.

- Interrogé plusieurs indigents.

Aucune information précise.

Mais j’ai arrêté plusieurs indigents, car, selon la LOI du 26 février 1810 : “ Toute personne qui aura été trouvée mendiant dans un lieu pour lequel il existera un établissement public organisé afin d'obvier à la mendicité , sera punie de trois à six mois d'emprisonnement, et sera, après l'expiration de sa peine, conduite au dépôt de mendicité .” Ce que j’ai fait .

DOSSIER EN COURS

 

INSPECTEUR JAVERT

 

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NOTE DE SERVICE : 1er juin

Mission de surveillance : la maison du général Jean Maximilien LAMARQUE

Le décès du général a provoqué des attroupements. Des gens ont crié : “A BAS LE ROI !” et “ VIVE LA RÉPUBLIQUE”.

J’ai noté les visages et quelques noms, mais l’uniforme m’a empêché de mener à bien cette surveillance.

La police, aidée de l’armée, a dispersé les attroupements.

Reconnu quelques républicains et autres subversifs.

Le dénommé ENJOLRAS a particulièrement appelé à la lutte. Il est monté sur un lampadaire et a crié au peuple de se révolter.

Hésité à l’arrêter.

Au vu de la mission principale, l’inspecteur Javert a préféré laisser les subversifs libres afin de procéder à l’arrestation de toute la société secrète.

FORCE DOIT RESTER À L'AUTORITÉ

 

INSPECTEUR JAVERT

 

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Journal de **** *******

Ce que j’ai fait le Premier juin

 

Je ne peux pas me passer de ce calepin. Même si c'est dangereux. Car quiconque me soupçonne y trouvera ici des preuves indiscutables de mon identité, même si j'évite de détailler des noms, des événements passés et des dates précises.

Mais il y a des moments où je sens qu'il m'est impossible de garder le silence plus longtemps. Aujourd'hui, par exemple.

Ce matin, je suis allé au Marais, comme je l'avais prévu hier.

Cela faisait longtemps que je n'étais pas retourné sur la rive droite, et j'ai eu du mal à reconnaître la ville. Pas les rues, bien sûr, mais leur ambiance.

Je ne parle pas du nombre d'immeubles abandonnés, ou presque, qui ont vu leurs locataires fuir avec leur baluchon sous le bras dès que les agents de l'administration ont posé des affiches signalant la présence du choléra dans le bâtiment.  Je ne parle évidemment pas de la présence d'hommes en uniforme à tous les coins de rue : garde nationale, sergents de ville, gendarmerie et même l'armée.  Je ne parle pas des corbillards qui travaillent d'arrache-pied... Tout cela, que Dieu ait pitié de nous, est devenu monnaie courante depuis le mois d'avril.

Je pourrais parler de la peur, de la peur bleue comme on l'appelle ici, et je n'aurais peut-être pas tort. Mais aujourd'hui, j'ai vu autre chose : j'ai vu des hommes lever le poing et demander justice. J'ai entendu des appels aux armes. Peu importe si, à peine monté dans sa chaire de fortune, faite d'une caisse de légumes, l'orateur s'est fait tabasser par des gens d'armes, puis jeter en prison.

Les gens ont peur et, d'autre part, ils ont cessé d'avoir peur.

Cela me rappelle les histoires qui circulaient dans mon village à l'époque de la Grande Révolution. Autant d'horreurs que je n'ai pas vues, que je n'ai pas connues de première main et qui pourtant restent dans mon esprit.

Des jours de poudre et de sang nous attendent-ils ? Tout porte à le croire, même pour moi, le plus aveugle des Parisiens.

Excepté, peut-être, le nombre croissant d'hommes et de femmes qui ont décidé d'attendre Morbus, bouteille en main, assis à leur table préférée dans le dépôt de vin.

Que Dieu ait pitié de nous... De nous tous.

Je dois trouver le moyen de protéger Cosette, et je ne peux penser à rien d'autre qu'à l'emmener hors de la ville. Mais les nouvelles qui nous parviennent de province sont si inquiétantes... Fuir ne semble pas, pour une fois, être la solution.

Ah ! Mais je l'entends rire. Ma Cosette ! Mais non, ce n'est pas possible. Si, cette voix qui arrive du jardin, c'est bien la sienne. Maintenant, elle se tait. Elle rit encore ! Ce n'est pas possible ! Que ferait Cosette dans le jardin à pareille heure ?

D'ailleurs, je l'ai laissée en pleurs il y a un moment. Elle n'est même pas descendue dîner. C'est ma faute. Oui. Ma faute.

Ce matin, j'ai acheté les partitions de quelques chansonnettes à la mode à un vendeur de rue près du Marché des Enfants-Rouges. Ma surprise a été grande lorsque Cosette a commencé à les jouer. Et à pleurer ensuite.

Apparemment, la moitié des notes sont fausses. Mais comment aurais-je pu savoir que les copistes relèvent les notes à l'oreille ? D'après ce que j'ai vu, l'homme qui m'a vendu les partitions doit être à moitié sourd.

La prochaine fois, je chercherai un magasin réputé. Peut-être du côté de la Sorbonne.

 

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NOTE DE SERVICE : 2 juin

A propos de la mission de surveillance attribuée à l’inspecteur de Première Classe Javert

 

CAFE CORINTHE : 

LES AMIS DE L’ABC : nouvelle réunion et nouveaux discours subversifs.

Préparation d’armes : poudre et balles.

Plan d’attaque : création de barricades rue de la Chanvrerie ou des Billettes. EN SERAI !

Découvert de nouveaux membres. 

Les Amis de l’ABC sont 9 : 

- Enjolras est le chef

- Grantaire

- Bahorel 

- Courfeyrac  

- Joly 

- Jehan Prouvaire

- Combeferre

- Feuilly 

- Lesgle

 

Passé pour un ouvrier métallurgiste, discuté avec Feuilly, ouvrier éventailliste. 

Bu quatre cafés, non sucré et mangé deux assiettes de cochonnailles.  

Frais de service : cinq pièces de cuivre.

 

INSPECTEUR JAVERT

 

IMPORTANT : Trouver où et quand la barricade est prévue !

 

Je suis tellement fatigué que je me trompe de nom. Cela risque de me porter préjudice.

J’ai pris soin de noter correctement les noms pour ne pas les oublier.

Grantaire déteint sur moi, je somnole.

Perte de vigilance, somnolence, je DOIS dormir.

Deux heures par nuit ne suffisent pas.

J’espère que M. Gisquet me permettra de prendre un peu de repos ce dimanche…

 

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Journal de **** *******

Ce que j’ai fait le 2 juin

 

Les chuchotements que j'entends dans le jardin m'ont encore réveillé. C'est arrivé la nuit dernière, et aussi la nuit précédente.

Ce ne sont pas des cris que j'entends, mais des petits rires et beaucoup, beaucoup de soupirs. Parfois, je crois entendre la voix d'un jeune homme.

Comme les nuits précédentes, j'ai beau me précipiter pour jeter un coup d'œil du côté de la grille, je ne vois personne. Et pourtant, je suis discret. Suffisamment en tout cas pour surprendre les intrus.

Ce soir, j'ai cru voir une ombre furtive avancer dans la rue. Cette ombre silencieuse qui s'est cachée dans le premier recoin venu était trop petite pour appartenir à quelqu'un... comme lui .

Elle ne pouvait même pas être celle de Thénardier.

Oui, je l'ai encore revu dans le quartier, et c'est la troisième fois en autant de semaines.

Il y a de quoi s'inquiéter, cet homme, s'il me reconnaît, va attirer tous les malheurs sur nos têtes. Mais, une fois de plus, il faut croire que la visière de ma casquette m'a rendu invisible à ses yeux. 

Donc, avec Thénardier dans les parages, ce soir je ne me suis pas senti rassuré jusqu'à avoir vérifié que la grande maison était bien fermée à clef. Tout était calme. Il n'y avait même pas de lumière chez Cosette.

Cependant, comme les autres nuits, il m'a été impossible de me rendormir après ça. J'écris ces lignes dans l'espoir que la fatigue me vaincra, même si, à vrai dire, je doute que cela arrive.

Ces jours-ci sont une épreuve. Je ne me fais pas confiance car, à force d’entendre des chuchotements et de voir dans tous les coins des hommes qui m’en veulent, j’ai fini par me méfier de mes sens et, même, de mon discernement. Dieu me met sans doute à l'épreuve.

Non, penser de la sorte est stupide et, de plus, impertinent : comme si le bon Dieu n'avait pas mieux à faire. Et à s'occuper des requêtes d'hommes plus méritants que moi.

 

Pour le reste, aujourd'hui a été une journée sans histoires.

 

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NOTE DE SERVICE : dimanche 3 juin

J’ai rencontré aujourd’hui un homme méritant de l’Etat.

 

Rue de l’Homme-Armé, un homme a été victime d’une lâche agression par le peuple indigent.

L’homme a été pris à partie par le peuple comme responsable du choléra. Evidemment, il n’en est rien, l’homme est un falotier connu de nos services. Bien noté et efficace dans sa charge. M. Bernier .

Les faits sont à résumer ainsi : le peuple s’est jeté comme un enragé sur un individu. On parlait de le massacrer.

La semaine dernière, six hommes ont été impitoyablement massacrés par la foule en colère, égorgés et brisés de coups.

J’allais m’interposer, mais un homme l’a fait avant moi.

L’inconnu s’est jeté dans la foule et a protégé M. Bernier. Il l’a soutenu et relevé du sol sur lequel la foule l’avait jeté et s’était préparée à le piétiner.

Je me suis porté au secours des deux hommes. La foule m’a pris moi aussi violemment à partie, du fait de mon uniforme.

On m’a accusé de protéger les empoisonneurs. J’ai sorti mon pistolet et ai tiré un coup de feu en l’air.

La foule s’est enfuie. 

Je n’ai pu procéder à aucune arrestation, j’étais seul et mes collègues s’étaient enfuis également.

Sans inquiétude, je les aurai tôt ou tard !

FOI DE JAVERT !

 

Pour M. Bernier, plus de peur que de mal, il a été transporté à l’Hôtel-Dieu par son sauveur.

J’ai personnellement remercié cet homme et l’ai vivement poussé à se faire reconnaître des services de l’Etat. Une récompense lui serait accordée.

L’homme, trop modeste, a refusé poliment de se mettre en avant et a aidé M. Bernier.

J’avoue que pris par l’euphorie, j’ai oublié de prendre en note le nom et l’adresse de ce civil héroïque.

Je le regrette, c’était un brave homme !

 

INSPECTEUR JAVERT

 

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NOTE DE SERVICE : 3 juin

Patrouille du jour

L’inspecteur Javert a profité de la mission de monsieur le préfet de police pour patrouiller dans le quartier de la Sorbonne puis au boulevard des Invalides.

 

- Rue Plumet : vu quelques infractions au code municipal. Selon l’Ordonnance de Police du 1er mars 1829 , l’échenillage doit être terminé avant le 25 mars, or au 55 rue Plumet, l’échenillage n’a pas encore été réalisé.

J’ai informé la servante des lieux qu’il fallait remédier incessamment à ce fait sinon je me verrais contraint de sanctionner d’une amende la maisonnée.

La servante, dénommée Mme Toussaint, a pris note de mes ordres.

Je repasserai demain pour vérifier que ce qui doit être fait a été bel et bien fait, sinon je dresserai un procès-verbal en bonne et due forme.

 

INSPECTEUR JAVERT

 

J’ai dormi à mon bureau. C’est le commissaire Malaizé qui m’a réveillé. Il avait l’air inquiet pour moi.

Doit-il l’être ?

Je suis encore bon à mon travail et j’avance. Je n’ai pas vu de 24601 depuis trois jours, c’est un bon signe, non ?

Si seulement, je n’avais pas mal à la tête. J’espère que ce n’est pas le choléra.

Je prendrai un cataplasme de hareng saur, si je peux en trouver sur le marché, cela apaisera ma tête. 

IL FAUT QUE JE DORME !

 

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Journal de **** *******

Ce que j’ai fait le 3 juin

 

La journée a été dure, mais elle avait bien commencé.

Mû par la prudence qui m'est indispensable ces jours-ci, j'ai changé d'église pour sanctifier le jour du Seigneur.

Dommage que je n'aie pas pu emmener Cosette avec moi.

Le sermon du curé, un appel à l'amour fraternel par ces temps difficiles, était énergique. Il m'a réconforté. J'aurais aimé garder cet état d'esprit pour le reste de la journée, mais les soucis ont repris le dessus.

Voyant cela, j'ai décidé de jeter un coup d'œil à notre maison de la rue ***** pour me rendre compte si tout était en ordre et prêt à nous accueillir en cas de besoin. C'est effectivement le cas.

 

C'est en sortant de l'appartement que les choses ont commencé à se gâter.

Juste à côté, rue Sainte Croix de la Bretonnerie, un attroupement s'était formé. Je pense qu'il y avait dix ou douze hommes et quelques femmes, mais je n'en suis pas sûr. La pagaille était colossale et la lumière du soleil pénètre à peine dans ces rues-là.

Quelques individus du groupe, hors d'eux, secouaient un petit bonhomme terrifié qui jurait avec ses grands dieux qu'il n'avait empoisonné personne. Mais une grande femme agitait un quignon de pain noir dans sa direction, puis apres montrait du doigt l'un de ces enfants que leurs parents oublient dans les rues. 

Il était question que le morceau de pain puait. Sans doute à cause des émanations méphitiques de choléra morbus dont le bonhomme l’avait imprégné.

Le petit homme avait beau expliquer que le quignon sentait l'huile de poisson que les falots consomment comme carburant. Que lui-même, ses vêtements, ses mains sentaient aussi l'huile. Que c'était inévitable.

 

Mais la foule ne voulait rien entendre. Ils l'ont jeté à terre et j'ai entendu alors les premiers cris de douleur. Quelques plaisantins ont crié que, puisque l'homme trempait dans l'huile, il serait plus rapide de lui mettre le feu que de chercher une corde pour le lanterner.

On vit des temps difficiles. Des tempos ou le petit peuple croit que ce sont ses propres dirigeants, et non une maladie dont personne n'est à l'abri, qui veulent l'exterminer. Je ne peux pas le croire. Je ne veux pas croire qu'une telle chose soit possible et qu'un jour, je laisserai Cosette seule dans un tel monde.

Le bruit a dû attirer un de ces faux prêtres qui, de nos jours, abondent dans les rues. Ce faux prêtre vendait des chapelets miraculeux et d'autres colifichets réputés éloigner la maladie. La commère, qui devait trouver ces remèdes intéressants, a alors oublié le morceau de pain et a réclamé le silence pour l'écouter. J'ai profité de la distraction pour me glisser entre quelques hommes, attraper le falotier par un bras et me prendre les jambes à mon cou.

C'était sans compter sur la colère de tout ce monde. Ils se sont tous retournés vers moi comme un seul homme. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, j'ai été obligé de jouer des coudes et de donner quelques bousculades. Ça a permis d'en tenir quelques-uns à distance, au moins le temps que la surprise passe. Mais, avec ma pauvre charge, j'ai su que j'étais perdu à ce moment précis.

J'avais tout simplement mal calculé le danger.  Et le moment de payer les conséquences était venu.

Alors que j'avais déjà encaissé quelques coups, une voix grave, puissante et terrible tonna derrière moi.

C'était lui. Je l'ai reconnu bien avant qu'il ne s'identifie. Je dois dire, et Dieu sait que je ne mens pas, que je n'ai jamais été aussi heureux d'entendre la voix d'un homme.

Même si je lui tournais le dos, je me suis couvert la bouche de mon mouchoir, comme le font beaucoup de gens.

Je ne m'en rendais pas compte alors mais, par son acte de courage, il s'était lui aussi mis en danger puisque la situation était loin d'être désamorcée.

En effet, quelques-uns se sont vite retournés contre lui et l'ont accusé de protéger les empoisonneurs, comme tout le reste de la police. Ils nous ont oublié, le petit homme et moi, puis se sont rués sur lui.

A mon avis, ce qui a arrêté tous ces gens, plus que son tir en l'air, c'est cette espèce de joie infernale, effrayante, que l'on pouvait lire sur son visage.  La façon dont il maniait sa grosse canne n'y était pas étrangère à la question non plus, mais le plus impressionnant, ça restait ses paroles :

" Voyons, Duchamp, Bergier, les autres. Croyez-vous que je ne vais pas savoir qui vous êtes et où vous retrouver ? C'est pourtant très simple. A vous de voir si je dois m'intéresser à ce quartier de façon particulière ou non".

La foule s'est alors retirée quelque peu, et j'en ai profité pour m'enfuir avec le petit bonhomme sur le dos.

Je sais qu'il m'a appelé. Je sais que j'aurais voulu le remercier. J'aurais voulu rester jusqu'à le savoir hors de danger. Cependant,  j'ai dû me contenter de recevoir ses remerciements alors que je lui tournais le dos. J'ai failli m'arrêter à ce moment-là. J'ai failli me retourner pour le regarder.

Je n'ai pas osé.

Je me suis borné à hocher la tête avec véhémence lorsqu'il m'a ordonné d'emmener ma charge à l'Hôtel-Dieu.

C'est dommage. J'aurais aimé lui parler. Il reste tant de choses à dire entre nous. Des mots qui ne seront jamais prononcés... 

Je n'ai jamais oublié l'homme que j'ai eu sous mes ordres. Je n'ai pas oublié son dévouement, sa fidélité. Ni son honnêteté. Je n'ai jamais contesté son courage. Ce courage même qui m'a tiré d'affaire à la Maison Gor****. Il m'a peut-être sauvé la vie cette nuit-là.

J'aurais aimé lui dire tout cela.

Mais pour cela, il aurait fallu que l'homme que j'étais à M-s-M soit réel et non une invention. Cela n'arrivera jamais.



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Journal de **** *******

3 juin, tard dans la nuit

 

Toussaint m'a appris quelque chose de désagréable pendant le dîner. Apparemment, nous avons reçu la visite de la police à cause du jardin. Il semblerait que ce soit une question de déchenillage, que je n'ai pas fait cette année.

Le policier a menacé de revenir demain pour voir si je me suis conformé à ses instructions ou pas.

L'affaire est sans grande importance, le déchenillage me prendra un petit moment dans la matinée.

Beaucoup plus inquiétante est la description que Toussaint fait de l'homme qui nous a rendu visite : il est de haute taille, a des favoris broussailleux et l'air terrible. Elle raconte qu'il lui a donné la chair de poule.

Ce doit être lui. Mais comment ? Je l'ai déjà croisé ce matin dans le Marais ! Cet homme ne se repose-t-il jamais ?

En attendant, pour moi ce sera encore une nuit blanche…

 

4 juin, environ 3 heures du matin.

 

J'ai entendu des cris terribles devant le jardin.  Au début, ce n'était qu'une voix de femme. Enfin, c'est ce que je crois. Puis ce furent des cris d'hommes.

Il y a eu beaucoup d'agitation dans la rue, mais quand j'ai réussi à quitter discrètement ma cabane, il n'y avait plus personne.

Je n'arrive pas à me sortir de la tête que Jav*** me prépare une souricière. Peut-être que le fait de ne pas pouvoir entrer dans la propriété la nuit l'a arrêté, mais certainement qu'il attend juste le lever du jour.

Est-ce la fin ?

 

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NOTE DE SERVICE : 4 juin au matin

A propos de la mission de surveillance attribuée à l’inspecteur de Première Classe Javert :

Monsieur le préfet de police a convoqué quelques inspecteurs ce matin pour expliquer ce qui est attendu d’eux pour le cas où d’éventuelles barricades soient réalisées.

Monsieur le préfet de police a été très clair ! Si des barricades sont construites, la mission de chaque inspecteur sera triple :

  • reconnaître des révoltés pour faciliter les arrestations
  • diffuser de fausses informations pour faciliter l’action de l’armée
  • mouiller par tous les moyens la poudre des insurgés.

Monsieur le préfet a ensuite donné à chacun son champ de manœuvres. L’inspecteur Javert est nommé pour le quartier du Marché-Saint-Jean.

 

Une autre mission a été confiée à l’inspecteur Javert : reconnaître les sorties d’égout près du quai de Gesvres afin de procéder à l’arrestation des malandrins qui utilisent les égouts à leur basse œuvre.

 

IMPORTANT : Amener des flacons d’eau afin de mouiller la poudre !

 

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NOTE DE SERVICE : 4 juin, 11 h du soir

Bilan de la patrouille grise

Avec les inspecteurs Bourrichon et Roussillon : surveillance nocturne des attroupements. 

Passage devant le café Corinthe 

Des chansons révolutionnaires interdites par l’Etat ont été entendues

REFUS D’AGIR DE LA PART DES INSPECTEURS BOURRICHON ET ROUSSILLON : ces derniers ont empêché l’inspecteur Javert d’entrer dans le café.

Rapport transmis au commissaire Malaizé concernant l’attitude pusillanime des inspecteurs sus-nommés. 

L’excuse utilisée est le danger encouru par les policiers, et surtout l’inspecteur de Première Classe Javert, d’être violemment pris à partie.

Monsieur le commissaire appréciera la volonté de désertion des inspecteurs Bourrichon et Roussillon.

 

BILAN : AUCUNE ARRESTATION MAIS SÛRETÉ QUANT A LA NÉCESSITÉ D’AGIR AU CAFÉ CORINTHE

 

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Journal de **** *******

Ce que j’ai fait le 4 juin

 

Environ 4 heures de relevée.

Je suis quelque part dans les environs du Champs de Mars.

Puisque je rumine depuis un bon moment, et que je n’arrive pas à tirer les choses au clair, j’ai décidé de me servir de mon calepin pour mettre de l’ordre dans mes idées.

ataque patron minette

Pour commencer, je dois faire le tour des événements de la journée.

Aux petites heures du matin, alors que Cos*** dormait toujours, J'ai fait le tour du jardin à la recherche de la souricière de Jav***.

Je n'ai rien vu. Je n'ai trouvé personne.

On ne se rend compte de la douceur que procure le fait de respirer librement que lorsqu'on ne peut plus le faire. Je peux dire, et je n'exagère pas, que je n'ai commencé à respirer ce jour-là qu'après avoir fini de visiter le jardin.

J'ai même cherché à m'asseoir. Le petit banc dans le coin ne m'a jamais semblé aussi accueillant.

C'est alors que je l'ai vu : quelqu'un avait gravé une adresse sur le mur.

16, rue de la Chanvrerie.  

Quelqu'un est entré dans le jardin. Quelqu'un a pris le temps d'écrire cela. Et c'était pendant la nuit dernière, car il y avait des traces de plâtre sur le sol.

C'était Jav*** ? Il me donne rendez-vous ? Ça aurait du sens.

Ou peut-être... Mais non, alors que je lui confierais ma vie sans hésiter parce que je sais que son honnêteté ne lui permettrait pas de faire autrement que de la protéger, il serait absurde de penser qu'il n'a pas voulu nous réveiller au milieu de la nuit par délicatesse.

Honnêteté, oui. Délicatesse, jamais.

Donc je ne comprends pas. Peut-être qu'il me met à l'épreuve. Peut-être qu'il se dit que je vais me présenter au rendez-vous. Que nous allons finalement mettre au clair tout ce qui n'a pas été dit entre nous depuis M-s-M.

A-t-il, lui aussi, quelque chose à me dire ? J'aurais aimé prendre le temps de lui parler quand j'étais encore Mad******.

Il aurait compris à quel point il était estimé et apprécié.

A présent, il est trop tard. 

Je suis sûr qu'il ne surmontera jamais le mépris qu'il éprouve, comme il en a le droit, pour un homme comme moi.

 

Je me rendrais volontiers à un tel rendez-vous, mais il y a quelques difficultés. D'abord, je dois retirer mes fonds pour mettre Cos**** à l'abri, et je dois lui trouver un bon abri.

Ensuite, où se trouve la rue de la Chanvrerie ? Je connais une rue de la Verrerie, mais l'autre nom m'est inconnu.

Ou alors, je me monte la tête. C'est peut-être un galopin qui a écrit ces mots.

Les gamins des rues savent-ils écrire de nos jours ? Ce n'était pas le cas à mon époque.

En tout cas, il est clair qu'il nous faut partir.

Seulement, Cos**** a été si heureuse dans cette maisonnette ! Et moi aussi ! Du moins, aussi heureux que peut l'être un homme comme moi, qui a perdu depuis longtemps le droit d'être heureux.

Que faire alors ? La prudence voudrait que_______________________

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On s'en va ! Une ombre, une petite silhouette que je n'ai pas pu vraiment distinguer, m'a lancé un morceau de papier plié.

Il y a écrit : DÉMENAGEZ.

Cette âme qui a couru se cacher me met en garde contre la police, j'en suis sûr.

C'est bon. Nous partirons cette nuit même.

D'abord dans notre appartement du quartier des Arc*****, puis en Angleterre.

Dès que j'aurai retiré mes fonds et mis la mer entre nous et le danger, nous respirerons à nouveau.

Note : J'ai oublié le déchenillage, mais cela n'a plus d'importance.

Note 2 : Je dois brûler ceci dès que nous serons installés.

 

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NOTE DE SERVICE N°17836 concernant l’affaire 24601

5 juin 1832. 2 heures du matin.

Suspect filé dans la rue de la Verrerie.

Arrêté devant le parvis de l’église Saint-Merri, l’homme s’est montré incohérent.

Emmené au poste pour un interrogatoire.

L’homme, visiblement pris de boisson, était incapable de répondre aux questions de l’inspecteur Javert.

L’homme est gardé dans les locaux du poste du Châtelet afin de procéder à la vérification de son identité.

 

Taille, nez, cheveux, couleur des yeux : tout concorde ! A VERIFIER !

DOSSIER EN COURS

 

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NOTE DE SERVICE N°17837 concernant l’affaire 24601

5 juin 1832. 7 heures du matin.

Libération du suspect arrêté rue de la Verrerie.

Il s’agit d’un roulier breton, M. Pierrick Quémeneur.

Régulièrement saoul, l’homme habite dans un galetas au 16, rue du Bourg-Tibourg.

Rapport transmis à la mairie pour faire ce que doit, en vertu des arrêtés municipaux du 4 avril 1829 et 15 décembre 1829, concernant l’ivrognerie sur la voie publique.

DOSSIER EN COURS

 

INSPECTEUR JAVERT

 

Rapport incomplet, j’ai oublié des informations.

L’homme était-il seul ? Je ne me souviens plus.

L’a même pas résisté à l’arrestation. 

Devait être trop saoul. Ou alors je me suis montré violent ?

Me souviens pas.

Le daron m’a renvoyé à ma turne, avec interdiction de revenir tant que j’aurais pas dormi.

Il ne sait pas pour la mission du daron de la raille. 

Des jours que je dors pas. Suis excessivement fatigué.

Hier, j’ai entendu des bruits. Mais y avait personne avec moi.

Ai reconnu la voix de ce fils de pute de M. Madeleine.

Je dois devenir fou. 

Je n’arrive pas à garder l’esprit clair. Il y a trop de lumière et j’ai mal aux yeux. Impossible de soigner le mal de tête. J’ai des vertiges. 

J’ai pas bu, je ne bois jamais au travail !

Mes mains tremblent et j’ai froid. Putain de poêle qui ne marche pas.

J’entends des rires dans mon dos.

Ce gamin que j’ai laissé courir ? Oublié son nom…

Force doit rester à l’autorité.

 

Je suis inquiet pour demain.

 

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NOTE DE SERVICE : 5 juin

Patrouille rue Plumet

L’échenillage n’a pas été réalisé dans les temps. J’ai frappé à la porte de la maison 55 afin de procéder à la verbalisation des contrevenants.

La maison était vide.

J’ai interrogé M. Topin , voisin sise au 42, rue Plumet. L’homme s’est plaint du coq de son voisin, M. Hervé .

Divers voisins interrogés : infraction avérée. M. Hervé est mis en demeure de régler ce problème ou force sera de procéder à une verbalisation.

 

Suite à ces interrogatoires, des informations ont été données concernant l’homme habitant au 55, rue Plumet. Il s’agit d’un vieillard vivant avec sa fille et sa servante. M. Fauchelevent. 

Brave homme, il est apprécié de son quartier pour avoir creusé de son propre argent et ses propres mains un puits dans le quartier.

Diverses bonnes actions sont recensées.

Aucune adresse connue. A VÉRIFIER !

 

IMPORTANT : le nom FAUCHELEVENT me rappelle quelque chose : à vérifier !

 

INSPECTEUR JAVERT

 

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NOTE DE SERVICE : 5 juin

A propos de la mission de surveillance attribuée à l’inspecteur de Première Classe Javert :

L’inspecteur Javert a assisté aux funérailles du général Lamarque. 

Plusieurs débordements ont eu lieu.

Selon la mission de monsieur le préfet de police, l’inspecteur Javert s’est vêtu en ouvrier et s’est rendu rue des Billettes afin de participer à la construction de la barricade de ce quartier.

FORCE DOIT RESTER À L'AUTORITÉ ! 

 

INSPECTEUR JAVERT

 

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NOTE DE SERVICE : 5 juin

Me suis fait embaucher pour créer la barricade de la rue de la Chanvrerie.

Sauvé la vie du chef Enjolras.

Compté 43 personnes.

Quelques noms d’insurgés :

Les Amis de l’ABC sont là :

- Enjolras est le chef

- Grantaire

- Bahorel 

- Courfeyrac  

- Joly 

- Jehan Prouvaire

- Combeferre

- Feuilly 

- Lesgle

Il faut ajouter : Marius Pontmercy, un vieillard dénommé Mabeuf.

A cela s’ajoutent des femmes, dont Eponine Thénardier et des enfants, dont le gamin Gavroche.

 

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Journal de **** *******

Ce que j’ai fait le 5 juin.

 

Je ne sais pas pourquoi j'ai toujours trouvé ce petit appartement triste et laid.

Oui, je me suis toujours dit que la rue était bien trouvée, car il n'y a aucun moyen pour qui que ce soit ou de se promener dans le coin sans qu'un observateur attentif ne le remarque. Mais de là à penser que l'appartement pourrait être agréable ?

Cependant, nous sommes bien ici. Ou plutôt nous serions bien, si Cos **** n'était pas malade depuis que nous avons quitté notre maison de la rue Plumet. Apparemment, il s'agit d'une migraine, elle en a parfois. Cela explique peut-être pourquoi elle était si réticente à m'obéir hier soir. Elle devait être fatiguée. Je suis vraiment désolé d'avoir dû m'imposer, mais ma douce petite peut se reposer maintenant. Avec tout ce qui se passe à Paris, il faudra attendre quelques jours avant que je puisse sortir en toute sécurité et quelques semaines avant que je puisse trouver des billets pour l'Angle*****.

Toussaint, qui vient ici pour la première fois, a appris que nous quittons la France. Elle en est dévastée. Je pense lui proposer de nous suivre, si elle le souhaite.

Quant à Jav***, je suis sûr qu'il nous suivrait si cela ne  dépendait que de sa volonté. Je comprends qu'il ne pourra de toute façon pas m'arrêter là-bas. Le voyage serait donc inutile.

Peut-être que lorsque nous serons à l'étranger, je lui écrirai une lettre à l'adresse que je connais. Nous verrons alors.

En attendant, je me sens bien ici. J'ai bien dormi la nuit dernière, j'ai même bien dîné. Cet appartement me fait du bien.

 

5 juin, dans la soirée.

 

Elle m'a trahi ! Elle a un amant et je ne savais rien ! Comment ai-je pu être aussi aveugle ?

Ses pleurs n'étaient pas dus au fait qu'elle quittait son jardin et bientôt sa patrie. Ses larmes, elle les versait parce que je la séparais de son amant !

Mon enfant, si petite, si douce, me trompait-elle ? Maintenant, je m'explique sa réticence à quitter la maison. Je comprends aussi sa maladie, et je saisis la signification des rires et des chuchotements que j'ai entendus dans le jardin.

J'ai dû attendre de venir ici et de lire par hasard la lettre qu'elle a écrite à son amant pour comprendre. Ce... Cet... homme... Il a volé mon cœur. Quel genre d'homme fait cela ? Quel genre de scélérat vole l'innocence d'une fleur et se cache ensuite ?

Qu'est-ce que ce misérable a fait ?

Je sors prendre l'air. Je me moque bien que le canon tonne au loin et que l'air sente la poudre.

Je suffoque ici. Il y a une borne juste en bas. J'y serai bien.

 

5 juin, tard dans la nuit.

Un gamin a cassé la seule lanterne de la rue. J'écris à tâtons.

J'ai eu le temps de réfléchir.

Et puis le garçon m'a donné un mot pour Cos****. Un mot d'un certain M***** Pont*****.

Je l'ai lu.

Le bon ami de Cos**** fait preuve de noblesse et de bravoure dans sa lettre. Il dit qu'il est prêt à mourir, maintenant qu'elle ne sera plus à ses côtés.

Je me rends compte que j'ai peut-être fait une erreur.

Le bagne parle trop souvent pour moi et je le regrette.

Et si les enfants s'aiment ? Tendrement, comme cela semble être le cas à cet âge.

Et s'ils ont rêvé d'une vie ensemble, d'un avenir sans le danger que je représente ?

Je peux l'imaginer, même si je ne sais pas grand-chose de ces choses-là.

Mais après tout, Marius n'est pas le seul homme au monde à éprouver des sentiments tendres pour quelqu'un d'autre. Donc, je peux le comprendre.

Je peux aussi croire que cette affection n'a jamais dégénéré en quelque chose d'inconvenant ou de sale. C'est aussi mon cas.

Et s'il est vrai que des enfants s'aiment, est-ce que je me mettrai entre eux ? De quel droit ?

Je demande pardon à Dieu de mon emportement et j'essaierai de me racheter.

Je ne sais pas encore comment je vais m'y prendre, mais je vais faire sortir ce garçon de la barricade.

Et ensuite... Ensuite, je lui donnerai mon enfant.

 

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Journal de **** *******

Ce que j’ai fait le 6 juin.

 

Je profite que les attaques ont cessé et que les étudiants se reposent pour écrire ce qui seront mes dernières lignes.

J'ai réussi à entrer dans la barricade. Depuis, j'essaie de me rendre utile. J'ai eu l'occasion de faire quelques petites choses qui m'ont valu l'intérêt de leur chef, un dénommé En*****.

Il ne me reste plus qu'à faire sortir le garçon, Ma****, d'ici. En vie, si possible.

Mais d'abord, je dois m'occuper d'une autre affaire.

Je l'ai vu, lui. Jav***. Ils le retiennent prisonnier et, bien qu'il n'ait pas l'air très malmené, je crains pour sa vie.

D'abord parce qu'ils ont promis de le tuer. Ensuite, parce qu'il n'a pas l'air d'aller bien.

Je dois le faire sortir d'ici, c'est aussi une priorité.

 

Journal de Jean Valjean.

6 juin, peu avant le lever du jour.

 

C'est fait. J'ai réussi, avec l'aide de Dieu, à libérer Javert.

Je pourrai dire, pour une fois dans ma vie, que justice a été faite. Et que je l'ai vu de mes yeux. Car il ne mérite pas de mourir.

Je lui ai donné mon adresse actuelle et aussi mon nom d'emprunt. Il ne sert à rien de se cacher plus longtemps.

J'ai promis de me livrer à lui si je m'en sors vivant. Ce n'est aussi, que justice.

Maintenant qu'il ne me reste plus qu'à espérer que Dieu m'accueille en son sein, il est de mon devoir d'apporter un peu de paix à cet homme. Il l'a bien mérité.

Quant au reste, j'attends l'occasion d'emporter Marius avec moi.

J'espère que Dieu permettra à ma Cosette, puisqu'elle l'a choisi, de vivre une vie comblée d'amour à ses côtés.

Et à Javert .... À Javert, je ne peux que souhaiter le meilleur. Une vie longue, paisible et heureuse.

Dieu sait qu'il l'a bien mérité.

 

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NOTE DE SERVICE : 6 juin

A propos de la mission de surveillance attribuée à l’inspecteur de Première Classe Javert : retour au poste.

J’ai été reconnu et capturé par les insurgés.

J’ai passé 24 heures attaché.

J’ai été sauvé par…par…

 

Je ne sais pas quoi écrire. Fauchelevent ? Madeleine ? Valjean ?

 

J’ai été sauvé par un des insurgés, dont j’ignore le nom.

 

FAUX FAUX MILLE FOIS FAUX !

 

Je me suis évadé par mes propres moyens.

 

Mieux, mais c’est aussi un MENSONGE !

C’est la première fois que je mens sur un rapport de police.

 

J’ai été sauvé par un des insurgés et j’ai pu revenir à mon poste afin de livrer mon rapport sur la barricade.

Pas eu besoin de pisser dans la poudre, ces jobards l’ont laissée à la rosée. 

L’armée a attaqué.

J’ignore le nombre de morts.



INSPECTEUR JAVERT



Journal de Jean Valjean.

6 juin ? Je ne sais pas vraiment.

 

Je ne sais plus depuis quand je suis perdu dans les égouts.  J'écris dans le noir une fois de plus, et je ne peux qu'imaginer les taches infâmes que je laisse sur le papier.

Marius est toujours en vie. Sa respiration, cependant, est de plus en plus faible.

Je prie le Seigneur de me pardonner, d'avoir pitié de lui, d'avoir pitié du pauvre pécheur que je suis, et de me permettre de le sortir d'ici vivant.

Pour que je puisse remettre ce garçon à Cosette.

Pour que je puisse la voir une dernière fois.

Javert... C'est à vous que je m'adresse : attendez-moi, je suis en chemin.

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NOTE DE SERVICE : 6 juin, nuit, horaire indéfini

Bilan de la mission de surveillance aux égouts :

J’ai découvert un des malandrins et je l’ai filé jusqu’aux égouts.

L’homme est bel et bien entré par une des grilles, il disposait d’une clé officielle.

J’ai surveillé les alentours.

Rien ne s’est passé.

Je suis retourné au poste du Châtelet.

BILAN NÉANT

 

Néant, néant, néant…

J’ai découvert le carnet de Jean Valjean. Ce jobard me l’a donné à la place de celui de Pontmercy.

J’ai appris les derniers jours de ce forç…homme. 

Jean Valjean, alias Ultime Fauchelevent, alias M. Madeleine, alias matricule 24601.

Il est bon, vraiment bon. J’ai envoyé au bagne un homme bon. Pas un innocent, mais un homme bon. Il m’a pardonné et m’a souhaité d’être heureux. Il veut même discuter avec moi comme un…un ami ???

Il est fou en fait. Ou alors c’est moi qui le suis ?

IL ME FAIT CHIER !

Mérite la prison, doit retourner au bagne…

Il a aidé des personnes, il a sauvé des vies.

Il m’a sauvé la vie.

MERDE ! Je ne lui ai rien demandé ! 

Il avait juste à me tuer…

Un coup de surin…

Je suis tellement fatigué…

Il m’a sauvé. 

Et pire !, je l’ai laissé libre, lui et son insurgé !

LIBRE !

J’ai hésité à le ramener au poste, je l’ai tenu sous ma dextre, là. Je sens encore ses épaules sous mes mains. Il me fallait juste un instant. Un tout petit instant de plus et je l’arrêtais.

JE L’AVAIS ENFIN !

Et je n’ai pas pu.

MERDE !

IL ME FAIT CHIER !

ET MERDE, MERDE, MERDE !

Il va voir si je suis quelqu’un de mauvais, moi ! Ce salopard de M. Madeleine avec sa bonté et sa piété ! Juste, qu’il est le Javert ! Juste et honnête ! TOUJOURS !

Je vais lui en foutre, moi, de la compassion et de l’abnégation !

 

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Journal de Jean Valjean.

Ce que j’ai fait le 6 juin. Ou peut-être le 7. Difficile à dire.

 

J'écris sur des feuilles volantes parce que j'ai perdu mon calepin.

C'est-à-dire, je ne l'ai pas vraiment perdu, mais quand j'ai voulu donner à Javert l'adresse de Pontmercy, je lui ai confié par erreur mon calepin et non pas celui du jeune homme.

Une grave méprise, mais qui n'a plus d'importance.

 

Je suis ici à présent, dans la rue de l'Homme Armé, à attendre l'arrivée de Javert.

On dit que le destin est une chose bien singulière. Je préfère croire que la main de Dieu nous conduit sur des chemins étranges. Mais qui servent inexorablement Ses desseins.

Cela dit, peut-on s'étonner que Javert m'attende au sortir des égouts ? Pas vraiment.

Des choses bien plus étonnantes se sont produites ce soir. De véritables miracles.

Par exemple, que Javert, au lieu de me passer les poucettes dès qu'il m'a vu, ait posé ses mains sur mes épaules et m'ait longuement regardé. J'ai eu l'impression que, bien que couvert de boue de la tête aux pieds, il me voyait pour la première fois.

Il m'a vu. Moi. Jean Valjean.

Après cela, j'ai été moins étonné qu'il mette son fiacre à notre disposition pour rendre le jeune homme aux siens.

Et puis, après cela, nous nous sommes retrouvés seul à seul dans la voiture. Lui et moi. En silence. J'aurais dû parler à ce moment-là, mais je n'ai pas pu.

Quelque chose a dû me rester en travers de la gorge. Peut-être le fait que, inexplicablement, mes mains étaient encore libres.

Et que je ne le devais qu'à lui.

Non, je mens.

J'avais de l'espoir à ce moment-là.

J'espérais que ce qu'il avait vu en moi l'avait fait changer d'avis.

J'espérais qu'il avait compris que je n'étais qu'un homme. Un homme qui n'est pas toujours bon, mais qui essaie de rattraper ses torts.

Javert n'a rien dit.

Il ne m'a même pas regardé à nouveau. En cela, il n'y a rien d'étonnant.

Lorsque nous sommes sortis de la voiture (lorsque le fiacre nous a déposés ici au lieu de nous emmener à la Préfecture), j'ai retrouvé ma voix juste à temps pour lui demander de me permettre de rentrer chez moi quelques minutes.

Et le deuxième miracle s'est produit à ce moment-là.

Il m'a permis de monter pour faire mes adieux à Cosette.

Il m'a dit aussi qu'il m'attendait en bas, dans la rue. Mais il est parti.

Cela était on ne peut plus étrange : Javert ne ment jamais.

J'ai donc fait un brin de toilette avant de partir vers mon dernier port et j'ai écrit un mot à Cosette.

Je lui ai dit que son jeune homme était en vie. Je lui ai donné son adresse. Je lui ai demandé de se souvenir de moi avec tendresse dans l’avenir, car je l'ai toujours aimée.

J'espère que cela suffira, car je n'ai pas osé la réveiller.

Et maintenant, j'attends. J'attends que Javert revienne.

 

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NOTE POUR L’ADMINISTRATION

 

QUELQUES OBSERVATIONS POUR LE BIEN DU SERVICE

 

- Premièrement : je prie monsieur le préfet de jeter les yeux.

- Deuxièmement : les détenus arrivant de l'instruction ôtent leurs souliers et restent pieds nus sur la dalle pendant qu'on les fouille. Plusieurs toussent en rentrant à la prison. Cela entraîne des dépenses d'infirmerie.

- Troisièmement : la filature est bonne, avec relais des agents de distance en distance, mais il faudrait que, dans les occasions importantes, deux agents au moins ne se perdissent pas de vue, attendu que, si, pour une cause quelconque, un agent vient à faiblir dans le service, l'autre le surveille et le supplée.

- Quatrièmement : on ne s'explique pas pourquoi le règlement spécial de la prison des Madelonnettes interdit au prisonnier d'avoir une chaise, même en la payant.

- Cinquièmement : aux Madelonnettes, il n'y a que deux barreaux à la cantine, ce qui permet à la cantinière de laisser toucher sa main aux détenus.

- Sixièmement : les détenus, dits aboyeurs, qui appellent les autres détenus au parloir, se font payer deux sous par le prisonnier pour crier son nom distinctement. C'est un vol.

- Septièmement : pour un fil courant, on retient dix sous au prisonnier dans l'atelier des tisserands; c'est un abus de l'entrepreneur, puisque la toile n'est pas moins bonne.

- Huitièmement : il est fâcheux que les visitants de la Force aient à traverser la cour des mômes pour se rendre au parloir de Sainte-Marie-l'Egyptienne.

- Neuvièmement : il est certain qu'on entend tous les jours des gendarmes raconter dans la cour de la préfecture des interrogatoires de prévenus par les magistrats. Un gendarme, qui devrait être sacré, répéter ce qu'il a entendu dans le cabinet de l'instruction, c'est là un désordre grave.

- Dixièmement : M me Henry est une honnête femme; sa cantine est fort propre; mais il est mauvais qu'une femme tienne le guichet de la souricière du secret. Cela n'est pas digne de la Conciergerie d'une grande civilisation.»

 

JAVERT

Inspecteur de I ère classe

Au poste de la place du Châtelet

7 juin 1832, environ une heure du matin